Magic est-il un sport?

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Par Renaud Giraldeau

Des geeks et des nerds, souvent en mauvaise santé, qui brassent des cartes en sentant le swing. L’image du joueur de Magic peut avoir la vie dure, surtout lorsque sont répandues sur les réseaux sociaux des images absurdes de raies prises par un joueur un peu débile ayant décidé de ridiculiser ses comparses. Mais qu’en est-il vraiment? Magic est-il un jeu de geeks de salon mangeant des chips et buvant de la liqueur? Est-ce que Magic est un sport? Nous croyons que oui. Cet article a pour objectif de parler de ce que les joueurs de Magic vivent, argumenter sur la nécessité de considérer Magic comme un sport à part entière et peut-être briser quelques préjugés au passage.

Définition du sport

Le Larousse définit le sport comme étant « un ensemble d’exercices se pratiquant sous forme de jeux individuels ou collectifs pouvant donner lieu à des compétitions et pratiqués en observant des règles précises. » À l’origine, la notion de sport incluait le jeu, mais la définition s’est transformée sous l’influence de l’olympisme. Le terme sport a peu à peu évacué les aspects du jeu d’esprit pour se concentrer sur les épreuves physiques. Le sport moderne a ainsi une définition en trois caractéristiques : mise en œuvre d’une ou plusieurs qualités physiques (endurance, résistance, force, adresse, souplesse, etc.); activité institutionnalisée (règles universelles); pratique orientée vers la compétition. Nous verrons que Magic correspond malgré tout à ces trois critères de définition du sport, dans son aspect compétitif régi par des règles universelles et nécessitant au moins l’endurance comme qualité physique.

Magic, comme d’autres sports, peut être considéré simplement comme un jeu. Lorsque nous jouons au hockey sur la rivière, l’hiver, sans équipement, pour le simple plaisir, revient à jouer une partie de Magic sur le coin de la table de cuisine. Bien qu’il y ait mise en œuvre de plusieurs qualités physiques, cette partie de hockey n’a aucune intention de compétition et n’est régie par aucune institution, les règles peuvent même être changées en raison des circonstances (taille des buts, équipements, taille de la patinoire, etc.). Il en est autrement lorsque la pratique se transporte dans les ligues organisées, et il en va de même pour Magic. Un tournoi organisé par DCI ou un tournoi local soumis aux règles du DCI (l’organisme qui fédère les règles de Magic, sous la supervision de Wizards of the Coast), est une pratique orientée vers la compétition régie par des règles universelles.

Un sport d’endurance

Le flou se maintient autour des qualités physiques requises pour exercer ce sport, ce qui n’est pas évident à première vue pour Magic, mais quiconque a tenté sa chance dans un Pro Tour Qualifier (PTQ) ou un Grand Prix (GP) connaît les exigences physiques de tels tournois qui sont de véritables tests d’endurance. Les tournois de type compétitif et professionnel ont rarement moins de 5 rondes de 50 minutes, ce qui correspond selon les délais à des périodes de jeu de 5 heures minimum. La plupart des PTQ ont entre sept et neuf rondes, un tournoi pouvant donc durer de sept à dix heures selon les délais. C’est sans compter les rondes éliminatoires supplémentaires pour les 8 premiers au classement à la fin des rondes préliminaires. Le participant d’un Top 8 de PTQ aura joué en moyenne neuf à douze heures, ce qui représente une incontestable épreuve d’endurance.

De plus, les conditions de vie dans les tournois mettent d’autant plus à l’épreuve les participants (il ne s’agit pas ici de se plaindre des conditions de tournoi, ce qui pourrait faire l’objet d’un autre article). Les périodes de repos sont rares et la plupart du temps aucun temps n’est consacré aux repas. La faim et une mauvaise hydratation nuisent à la concentration, essentielle pour prendre de bonnes décisions. Le bruit, l’inconfort des chaises, l’espace restreint et les manipulations des cartes peuvent affecter le niveau de fatigue et la concentration du compétiteur. Bien qu’il s’agisse de désagréments en apparence anodins, ceux-ci s’accumulent rapidement au cours de la journée et sont non négligeables considérant la durée des tournois!

Les déplacements doivent aussi être pris en considération. Lors du Grand Prix New Jersey, un podomètre m’a permis de constater que j’ai marché près de 15 000 pas par jour (environ 12 km)! Il s’agit du seuil recommandé pour considérer une perte de poids par le Défi 5-30. On parle ici d’une activité physique sérieuse, que vous vouliez l’accepter ou non.

Combinés, tous ces facteurs influencent la concentration, essentielle dans un des jeux les plus complexes où la marge d’erreur est mince.

Un sport de préparation

Au-delà du déroulement du tournoi, Magic requiert un entraînement particulier. Le développement de réflexes et de raccourcis permet aux joueurs d’évaluer plus rapidement des situations de jeu. Magic est un jeu en direct comprenant une grande quantité d’informations cachées et nécessite en ce sens des calculs de probabilité et des décisions en fonction de ces calculs (pas nécessaire pour jouer entre amis, mais nécessaire pour augmenter son pourcentage de gain dans un contexte compétitif). La pratique et le temps consacré à cette préparation sont des contraintes physiques qui s’appliquent aux joueurs de Magic.

Bien qu’il ne soit pas indispensable pour jouer dans un tournoi, l’entraînement permet au joueur d’avoir un meilleur contrôle sur le développement de son jeu en tournoi. Le même type de préparation s’effectue au hockey; les joueurs de la LNH savent comment jouer au hockey, mais chaque équipe présente des stratégies différentes qui demandent une préparation supplémentaire. Se préparer en conséquence relève d’un métajeu (metagame). Par exemple, le Canadiens de Montréal ne joue pas au hockey contre Philadelphie, équipe robuste et dure appliquant beaucoup de pression, de la même façon qu’il jouera contre Pittsburgh, équipe talentueuse qui vise à construire des jeux complexes en zone neutre et en entrée de zone. De la même façon, un deck aggro (rapide et basé sur les créatures) ne joue pas contre un deck contrôle de la même façon qu’il jouera contre un deck combo, il faut savoir s’ajuster à son adversaire. La préparation permet de reconnaître la stratégie de l’adversaire et ajuster ses décisions en conséquence. Cette préparation se fait en aval du tournoi et contrairement au hockey, le joueur de Magic doit se préparer à jouer contre une multitude d’archétypes et de decks différents dans un tournoi de Magic. De plus, la méta évolue extrêmement rapidement à Magic, et le hasard dans les appariements rend la préparation encore plus complexe puisqu’il y a une part de spéculation et d’anticipation plus grande qu’au hockey : Montréal sait qu’il jouera contre Toronto samedi soir, un joueur de Magic n’a aucune idée des adversaires qu’il aura au cours de sa journée et il peut en avoir jusqu’à dix-huit (finaliste de Grand Prix) au cours d’un même tournoi!

La préparation physique du compétiteur est aussi essentielle pour réussir à maintenir ses fonctions cérébrales pour toute la durée du tournoi. Une mauvaise hydratation et une mauvaise alimentation entravent le déroulement normal de la journée et compromettent les capacités de concentration du compétiteur. La concentration ne garantit pas la victoire, mais perdre un match en raison d’une erreur d’inattention peut rapidement faire dérailler un tournoi.

Bref, il faut être organisé pour jouer à Magic, préparer son deck et ses connaissances de la méta. De même, il faut bien préparer son corps pour gérer la fatigue et assurer la concentration.

Conclusion

Nous avons établi dans cet article que Magic est un sport lorsqu’un joueur devient un compétiteur dans le cadre d’un tournoi régi par les règles fédérées par DCI et Wizards of the Coast, non seulement au moment du tournoi (endurance, concentration, calculs et décisions), mais aussi dans toute sa préparation (physique, mentale et d’aspects du jeu) préalable aux tournois.

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